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SOCIÉTÉ
COTE D’IVOIRE

Opinion | Cotisations prélevées, jamais versées : comment mieux protéger les travailleurs ivoiriens ?

Par Guillaume Dacier
Le 23/03/26 à 07:00

Je m'appelle Guillaume Dacier. Je suis entrepreneur français, cofondateur de JOBO Intérim, une agence spécialisée dans les métiers techniques et manuels en Côte d'Ivoire.

Depuis le lancement de JOBO, je travaille aux côtés de maçons, de chauffeurs, d'agents de sécurité, de manœuvresces hommes et ces femmes qui construisent littéralement ce pays. Ce sont eux, les cols bleus ivoiriens. Et c'est pour eux que j'écris aujourd'hui.

Cette tribune n'est pas une attaque contre la CNPS. C'est le témoignage de ce que j'observe sur le terrain, et trois propositions concrètes pour que les choses changent. Je la publie parce qu'un système de protection sociale solide profite à tout le monde : aux travailleurs, aux entreprises, et à l'État.

Des travailleurs découvrent, parfois des années après avoir quitté un employeur, que leurs cotisations retraite n'ont jamais été reversées à la CNPS. Des fiches de paie avec la mention "CNPS". Des déductions visibles chaque mois. Et pourtant, au moment de vérifier, le compte est vide. Des années de travail sans droits derrière. En silence.

Ce n'est pas un cas isolé. C'est une réalité que je rencontre souvent et qui, j'en suis convaincu, concerne un nombre significatif de travailleurs à travers le pays.

Le mécanisme est connu : un employeur déduit les cotisations du salaire de son salarié mais ne les reverse pas à la CNPS. Il dispose ainsi d'une trésorerie à laquelle il n'a pas droit, parfois pendant des mois, parfois pendant des années. Et pendant ce temps, le travailleur croit être protégé. Il ne l'est pas.

Chaque cotisation non reversée pénalise un travailleur. Elle pénalise aussi l'État, qui voit ses recettes sociales amputées. Et elle abîme progressivement la confiance collective dans les institutions. Cette confiance qui est le ciment de tout système de protection sociale.

Avant d'aller plus loin, je tiens à le dire sincèrement : la CNPS fait un boulot remarquable.

L'e-CNPS modernise les procédures et réduit les frictions administratives. Le code #101# permet aujourd'hui à tout travailleur de vérifier ses cotisations depuis son téléphone. Le RSTI progresse dans l'inclusion sociale des travailleurs indépendants.

Ce sont des avancées réelles, qui témoignent d'une volonté d'adaptation et de modernisation du système. Elles méritent d'être reconnues.

Mais un outil que personne n'utilise ne protège personne. Dans les faits, combien de travailleurs vérifient leurs cotisations après chaque paie via le #101# ? Très peu. Le réflexe n'est pas encore installé. Et tant que ce réflexe n'existe pas, les failles du système profitent à ceux qui savent que personne ne vérifie.

Mes trois propositions

1. Rendre l'e-CNPS obligatoire pour tous les employeurs

Tant que la déclaration papier reste une option, elle reste une porte ouverte à l'opacité. L'e-CNPS doit devenir le standard unique et obligatoire sans exception de taille d'entreprise, sans dérogation sectorielle.

La dématérialisation complète permet une traçabilité en temps réel des déclarations, facilite les contrôles automatisés, et élimine les zones d'ombre dans lesquelles prospèrent les comportements frauduleux. Les entreprises qui n'ont rien à cacher n'ont rien à craindre de cette mesure.

2. Envoyer un SMS automatique au travailleur dès la déclaration effective de sa cotisation

Le travailleur est aujourd'hui le dernier informé parfois des années après les faits. Cette asymétrie d'information est au cœur du problème.

La solution est simple : à chaque déclaration effective de cotisation par un employeur, un SMS automatique est envoyé au travailleur concerné, indiquant le montant déclaré et la période couverte. L'absence de notification devient ainsi une alerte immédiate. Le travailleur cesse d'être un spectateur passif de sa propre protection sociale il en devient un acteur informé.

Cette mesure ne nécessite pas d'infrastructure lourde. Elle nécessite une volonté et une intégration technique accessible. Son impact sur la détection des anomalies serait immédiat.

3. Publier officiellement la liste des entreprises à jour de leurs cotisations

La transparence est le meilleur levier de conformité. Publier régulièrement la liste des entreprises à jour de leurs obligations sociales servirait un double objectif.

D'un côté, cela valorise les employeurs responsables et crée une incitation positive à la conformité. De l'autre, cela permet aux travailleurs, aux partenaires commerciaux et aux donneurs d'ordre de vérifier le statut social de leurs interlocuteurs. Dans un contexte où la réputation d'entreprise pèse de plus en plus lourd, cette mesure aurait un effet dissuasif puissant.

En conclusion

Un système de protection sociale ne vaut que si les travailleurs peuvent lui faire confiance. Et cette confiance se construit dans les détails dans la certitude qu'une cotisation déduite sera bien reversée, qu'une anomalie sera détectée, qu'un droit sera effectivement protégé.

Chez JOBO, nous avons fait le choix de la formalisation totale. Parce que nous croyons que chaque travailleur manuel mérite une protection sociale réelle, pas une promesse sur bulletin de paie.

Sécuriser la retraite de nos chauffeurs, ouvriers et agents, c'est respecter la dignité du travail. C'est aussi construire une économie dans laquelle le contrat formel a du sens et dans laquelle rejoindre le secteur formel est une vraie opportunité, pas un pari risqué.

Ces trois propositions ne sont pas des critiques. Ce sont des contributions d'un acteur du terrain qui croit en l'importance de ce que la CNPS représente, et qui souhaite la voir remplir pleinement sa mission.

Guillaume Dacier
Cofondateur JOBO Intérim

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